Une étude Apec révèle que la frontière entre sphères professionnelle et privée est de moins en moins évidente
Interrompre son travail pour des motifs privés et interférer sur son temps de vie privée pour des raisons professionnelles sont des situations devenues fréquentes et
« normales » pour les cadres. Les interférences ponctuelles de la sphère professionnelles ne sont pas mal vécues lorsqu'elles relèvent d'un choix réfléchi en vue de bénéfices futurs pour la
carrière et surtout l'augmentation du niveau de vie. En revanche, les journées à rallonge dues à une forte charge de travail sont plutôt subies et vécues négativement. Par ailleurs, plus les
cadres ont une vie familiale développée, plus l'empiètement de leur travail sur leur vie privée est important.
Les cadres ayant des enfants empiètent plus souvent sur leur temps de vie privée
Selon cette étude, les cadres qui ont régulièrement des temps d'interférences entre vie privée et vie professionnelle sont ceux qui sont le plus fortement investis dans le
travail. En effet, parmi les cadres qui ont souvent interrompus leur travail pour des raisons privées, 72% se déclarent fortement investis dans leur travail. Parmi ceux qui ne l'ont jamais fait,
ils ne sont que 51% à se déclarer fortement investis.
Et contrairement aux idées reçues, les cadres ayant des enfants ont plus souvent tendance à s'absenter de leur domicile ou interrompre leurs congés pour des raisons
professionnelles que les autres cadres. Cet empiètement est d'une certaine manière volontaire car il se justifie par leur détermination à sécuriser leur situation professionnelle. En effet, pour
ces cadres, une rupture dans le parcours professionnel est plus difficilement gérable étant donnée leurs responsabilités familiales.
Aussi, ils ont plus souvent tendance à « sacrifier » de leur temps libre afin d'afficher leur forte implication dans le travail. Sur le long terme, ils espèrent que ce
positionnement aura des conséquences positives sur l'emploi et la carrière car empiéter sur son temps de vie familiale pour son travail reste pour les entreprises signe fort d'engagement et
d'implication.
Les journées à rallonge comme conséquence d'une charge de travail croissante
La plupart des cadres interrogés déclarent faire des heures supplémentaires dans le sens où ils prolongent leur journée de travail et dépassent leur temps de travail « légal »
(83%). Ces heures supplémentaires non rémunérées interviennent d'autant plus que le cadre ressent un sentiment d'urgence dans son travail : 94% des cadres ayant effectués des heures
supplémentaires disent travailler souvent ou de temps en temps dans l'urgence contre 83% de ceux qui ne font pas d'heures supplémentaires.
Par ailleurs, l'étude montre que le fait de ramener du travail à la maison ou de travailler pendant ses congés est corrélé au fait d'effectuer des heures supplémentaires.
Ainsi, les cadres ayant une charge de travail importante et qui se retrouvent à effectuer régulièrement des heures supplémentaires sont aussi ceux qui travaillent souvent pendant leur temps à
domicile. Ils ont tendance à vouloir avancer dans leur travail, chez eux, pour éviter des éventuelles futurs journées à rallonge mais au final plus ils travaillent... et plus leur charge de
travail augmente.
Un cercle vicieux se met alors en place. A cause du manque de temps, ce qui est de l'ordre du privée s'immisce dans la sphère professionnelle et vice-versa. Les interférences
entre les sphères privées et professionnelles deviennent alors régulières et déséquilibrent chaque sphère de vie.
La disparition des frontières entre sphères privée et professionnelle est un symptôme de l'accroissement de la charge de travail
Au delà de la notion de frontière en vie privée et vie professionnelle, les stratégies des cadres pour assurer au mieux leur fonction révèle la charge de travail croissante
qui leur est imposée. La « quantité » d'heures mises à disposition de l'entreprise reste à ce jour une norme pour juger de leur efficacité et de leur engagement. C'est pourquoi, même lorsque leur
temps d'investissement dans la vie familiale augmente, ils consacrent encore plus de temps à leur travail, quitte à faire disparaître la frontière déjà mince entre travail et vie
privée.
Dans ce contexte, un allongement de la durée légale du travail ne fera qu'aggraver la situation. Plus le temps de « présence » en entreprise des cadres sera long, plus ils
seront obligés de faire des va-et-vient entre leur sphère privée et professionnelle car les tâches familiales notamment, ne diminueront pas.
Ne serait-ce que d'un point de vue managérial, les employeurs n'ont pas intérêt à voir ces deux sphères se mélanger. Car travailler pendant son temps de repos et s'occuper de
ses tâches familiales pendant son temps de travail est loin d'être une situation optimale.
Améliorer les conditions de travail et passer d'une logique de présentéisme à une logique de résultat serait autrement plus efficace qu'une énième dérogation aux 35 heures.
Mais cette piste ne semble pas faire partie des priorités du gouvernement. En effet ce dernier, s'appuyant sur la position dite commune sur la représentativité
signée par la CGT, la CFDT et le Medef et tout particulièrement son Article 17 , est déterminé dans son projet de loi sur la démocratie sociale à déréglementer le temps de travail. Les salariés n'auront qu'à bien se tenir. Quant aux
cadres soumis aux forfaits jours, ils verront leur plafond passer de 218 à 235 voire 245 jours annuels.
article du 27/06/2008 FO Cadres
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Par Syndicat Force Ouvrière Dalkia Est
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Publié dans : Conditions de travail
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